La peinture de Lilian Euzéby, comme la robe de Peau d’Âne, a la couleur du temps. Pas le temps météorologique – encore que celui-ci joue son rôle dans cette œuvre venteuse, changeante, mouvementée – mais le temps impassible et neutre qui régit le cosmos et les noces improbables de la terre et du ciel, le temps qui embrasse d’un seul mouvement la vie et les rêves, la nature et les mythes, les choses et leurs noms.
Le temps et son « bruit de cataracte » (Guy Debord), qui échappe au langage et désigne une expérience extatique (une « extase matérielle ») où viennent se fondre toutes sortes d’événements sensoriels : territoires parcourus et souvenirs de lecture, cartographies réelles ou imaginaires, choses vues ou entrevues, ruines et dieux, étoiles et chemins, ivresse et sommeil, écriture et poussière, pierres et paroles. Une expérience dont l’authenticité est préservée par un geste pictural libre, spontané, énergique, qui laisse au visible sa part d’incomplétude et exalte l’impureté de la matière, la pauvreté et les accidents de ces supports travaillés « avec une eau sale et vieille, avec de la nuit beaucoup, et un peu d’encre » (Lilian Euzéby). Le monde, enfin, tout simplement, toujours inachevé, saisi dans sa nuit couleur du temps, avec la mort comme horizon.
Michel Scognamillo
Réalisé en partenariat avec Camille Cattan Evénementiel, Montpellier